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Documentaire Google sur Arte : Faut-il avoir peur de Google ?

Par Christophe Da Silva, le 21 avril 2007

 

De toute l’histoire capitalistique de l’humanité, nous n’avions jamais vu pareille ascension et un si court laps de temps. Même celle de Microsoft est encore loin de rivaliser avec celle de Google et de l’ambition extravagante de ses deux fondateurs Sergey Brin et Larry Page. Google est devenu en moins de 8 ans le premier moteur de recherche au monde et surtout indétrônable. Microsoft a laissé passé sa chance avec Internet et aujourd’hui, même à grands renforts de milliards de dollars, le vaste vide séparant les deux moteurs n’est toujours pas comblé, et ne le sera sans doute jamais, tant que Google ne fera pas d’impair fatidique. L’ambition de Google, chacun le sait, c’est de réunir toute l’information existante sur cette planète, de devenir la plus grande bibliothèque au monde, et ne lésine donc pas sur les moyens à mettre oeuvre pour atteindre son objectif, ce qui n’est pas sans nous laisser un léger frisson nous parcourir le dos. C’est en ce sens qu’ARTE a diffusé hier soir (vendredi 20 avril 2007) un documentaire, à mon sens particulièrement bien mené et assez objectif, tantôt dépeignant le moteur et ses fondateurs comme des entités avec un idéal louable, tantôt avec des ambitions qui, si prises au premier degré, pourraient se révéler machiavéliques. Retour sur ce documentaire.

 

Sergey Brin et Larry Page

L’univers de ces hommes se résume en 1 seul mot : mathématiques. L’environnement dans lequel ils vécurent leur enfance en fut l’incubateur. En effet, Sergey Brin, arrivé à l’âge de 6 ans aux Etats-Unis avec ses parents qui fuyaient l’antisémitisme de leur pays, est le fils d’un professeur de mathématiques réputé, et sa mère travaille pour la NASA. Quand à Larry Page, son père fut le premier américain à obtenir un doctorat en informatique. Autant dire qu’avec un tel patrimoine, nos deux compères ne pouvaient que jouer avec les calculs algorithmiques. Ils restent persuadés d’ailleurs (comme dans la série télévisée Numbers) que tout peut être résolu par des algorithmes. Ils se rencontrèrent à l’université de Stanford. A l’époque le moteur de recherche par excellence était Altavista. Mais non content de trouver des résultats pertinents lors de ses recherches, Larry Page annonça à ses professeurs qu’il allait télécharger toutes les données d’Internet, les compiler et créer un moteur encore plus puissant et pertinent. Personne ne le crut, pourtant il le fit. Avec Google en poche, l’idée de créer une société, ils allèrent trouver Andy Bechtolsheim (Sun Microsystems) qui leur fit leur premier chèque. Et la société fut ensuite créée dans un garage de Palo Alto (cela nous rappelle les débuts de Steve Jobs (Apple) et de Bill Gates (Microsoft)). D’autres fameux capitaux risqueurs se sont joints à l’aventure par la suite, ce qui a grandement contribué à l’essor de Google. Larry Page est plus introverti que Sergey et son domaine de prédilection est la recherche et le developpement. Sergey Brin, lui, est plus axé business, une parfaite complémentarité donc. Mais leur culture du secret fait peur dans le dos, par exemple, ils ont retardé leur entrée en bourse pour que leur bilans financiers ne soient pas divulgués, ceci afin de retarder au maximum la compétition qui pourrait avoir lieu. Ils aiment qu’on parle d’eux, de leur histoire, mais pour tout ce qui est projets, ils restent très secrets.

 

Le Googleplexe et l’environnement de travail

Le siège social de Google se trouve à Mountain View dans la Silicon Valley, à 40 km de San Francisco. San Francisco traduit très bien l’état d’esprit des deux jeunes entrepreneurs. C’est une ville avant-gardiste, pionnière et rebelle. Le Googleplexe se présente comme un immense campus universitaire où la matière grise se sent très bien : coiffeur sur place, salles de sport, machines à laver…, on peut même y amener son chien. Cela contribue énormément au bien-être des salariés qui, pour beaucoup ont été débaûchés de sociétés très réputées (IBM, Microsoft…). Google possède l’élite et fait tout pour l’acquérir, tout autant que pour la conserver.

L’une des forces de Google réside dans sa capacité de créativité. Larry Page et Sergey Brin sont adeptes de Burning Man, un rassemblement annuel de plus de 40.000 personnes dans le désert où, pendant 7 jours, une ville est bâtie par les esprits créatifs en ébullition. Ce happening est un événement culturel reposant sur la créativité et les échanges non commerciaux. C’est là que puisent les fondateurs de Google les ressources nécessaires pour développer et expérimenter leurs idées. Il paraîtrait même que le fait d’avoir participé à Burning Man est un critère d’embaûche chez Google !

Mais, son plus grand secret reste son infrastructure. Google a construit le plus grand ordinateur du monde en reliant des centaines de milliers d’ordinateurs entre eux. On estime à près de 450.000 leur nombre, dispersés partout dans le monde dans 100 à 200 data centers (DC). Personne ne peut rivaliser avec pareille infrastructure et il y a de fortes chances que jamais personne ne puisse le faire.

 

Les Liens Sponsorisés (Google Adwords)

La culture Google est de bousculer les conventions et les usages des sociétés US. Lors de son passage en bourse, Sergey et Larry refusèrent les honoraires de 7% de Wall Street. Ils ont donc annoncé qu’ils feraient des enchères électroniques pour que les petits investisseurs autant que les gros puissent tous enchérir. Ils proposèrent donc de ne payer que 2% d’honoraires en assurant qu’ils n’avaient pas besoin de Wall Street.

Ce qui fait aujourd’hui rager les investisseurs de Google est la page d’accueil du moteur, la plus populaire au monde, toute blanche, un logo et un champ de recherche. Aucune publicité n’y apparaît. Google souhaite simplement que cette page soit affichée le plus rapidement possible afin que les utilisateurs puissent trouver ce qu’ils sont venus chercher. Ensuite, Google leur propose de la publicité (les liens sponsorisés). Le documentaire explique très bien le système d’enchères et Franck Poisson, ex-DG de Google France résume très bien l’idée : “celui qui apparaîtra en première position est celui qui réussira à obtenir le plus de clics et qui aura payé le plus cher”. C’est une forme de publicité intelligente qui s’adapte en fonction de vos recherches, contrairement à la télévision où les publicités ne sont pas nécessairement adaptées au programme que vous regardez. On estime que 95% du revenu de Google est généré par ce système d’enchères et c’est le moyen publicitaire le plus puissant au monde. La grande force de Google est qu’il n’envahit pas l’utilisateur par la publicité contrairement à d’autres. Mais la fraude aux clics reste son talon d’Achille. On y apprend même comment frauder sans se faire détecter !

 

Les services Google

Bill Gates a annoncé que Google était une menace pour Microsoft. En effet, contrairement à Microsoft, Google propose tout un tas de logiciels gratuits disponibles en ligne. Et Microsoft a peur que l’on puisse se passer de Windows. Google, comme Microsoft, possède sa propre fondation, mais à but lucratif, ce qui est inédit. Mais Google part de l’idée qu’il faut changer les modèles établis pour améliorer le monde. L’un des projets des fondateurs est d’éradiquer la polio en Inde grâce à la technologie.

Contrairement aux autres sociétés, le terrain de jeu de Google est la plateforme la plus vaste qui n’ait jamais existée : Internet, ce qui fait aujourd’hui son succès. Google est présent dans plus de 100 pays et disponible dans plus de 100 langues. Il a réalisé le plus gros chiffre d’affaires en un laps de temps record de toute l’histoire de l’humanité.

Pour Google, l’utilisateur est plus important que Wall Street et son idée est de lancer des services, de les tester et d’ensuite penser aux bénéfices qu’ils pourraient en tirer. Google fournit des services variés, mais qui aujourd’hui ne sont toujours pas aussi importants que Google Search (le moteur).

Google a établi la règle des 20%. Tous les salariés de Google peuvent prendre 20% sur leur temps de travail pour travailler sur ce qui les passionnent ou ce qui les intéressent. C’est de cette manière que de nombreux projets ont vu le jour comme le blog de Google, GMail et GoogleNews. GoogleNews est une révolution dans le monde de l’information. Il recense plus de 4500 sources d’informations régies par un algorithme qui classe toutes les 10 minutes la pertinence et l’importance de celle-ci. Mais Google Earth sera visiblement le service plus important une fois complètement finalisé et permettra la recherche locale, où les annonceurs seront également présents. Mais seulement une fois que les utilisateurs emploieront davantage les ordinateurs portables, plus que les ordinateurs de bureau.

 

Les polémiques sur Google

Hormis la création de sa fondation à but lucratif, Google fait l’objet de nombreuses autres polémiques et notamment celle de digitaliser l’ensemble des informations présentes dans le monde, en passant outre les droits d’auteur. L’idée est de digitaliser l’ensemble de ce qui est écrit et de le diffuser gratuitement sur le Net. Le comble est de le faire sans l’approbation préalable des éditeurs et auteurs qui régissent encore les droits de certaines oeuvres. Mais ces derniers pourront toujours demander le retrait des oeuvres une fois mis en ligne auprès de la Cours Suprême. Déjà de nombreux procès sont en cours.

La gratuité est le cheval de bataille de Google. Ainsi, si vous disposez d’un accès payant d’une partie de votre site, celle-ci ne sera jamais indexée. Pourquoi ? Parce que les robots n’ont pas la capacité d’aller plus loin. Vous n’êtes pas indexé, donc vous n’existez pas ; “quand on n’est pas sur Google, on n’existe pas“.

Il n’y a pas si longtemps, nous avons observé les limites du système Google, via son implantation en Chine. Effectivement, il n’a pas réussi à “faire plier” le gouvernement chinois et fut obligé de s’auto-censurer. Par exemple, lorsque l’on fait une recherche sur Tien An Men partout dans le monde, nous trouvons des informations principalement sur ce qui s’y est passé : des photos de chars dans les rues, la répression… Hors, en Chine, pour la même recherche, on ne trouve que des informations sur la place Tien An Men, l’architecture, des défilés militaires, des touristes… Bref, qu’une bribe de réalité.

Les ambitions et la situation monopolistique de Google reste la polémique la plus virulente car elle repose essentiellement sur la capacité créative des personnes qui la composent. Malgré une vision utopique du monde, celle de fournir la plus grande source d’information au monde, Google est souvent assimilé à un Big Brother, ou plutôt Little Brother, la palme revenant toutefois à Microsoft, car il sait tout, ou presque de vous. A ce sujet je vous renvoie vers un article de Mark Daoust qui exprime ses craintes et pourquoi : Pourquoi les bonnes intentions me font peur. Google a même le projet de créer, a priori en association avec la NASA, un ascenseur pour relier une plateforme dans l’espace. Mais jusqu’où iront-ils ?

 

En conclusion

Un documentaire riche, objectif, avec des intervenants de 1er choix. Une belle initiative pour démontrer l’ampleur du phénomène Google qui n’a jamais eu son pareil. Tout n’y est pas abordé, mais ce qui l’est est très bien documenté. Le documentaire est bien réalisé dans sa forme visuelle et nous avons l’impression d’”être” Big Brother car toutes les images sont inscrutées dans des sortes d’écrans futuristes, on se croirait au coeur du système. Les transitions entre certains commentaires, propulsées par un Google Earth amélioré, sont géniales. L’humour est présent et de nombreuses vidéos que l’on peut trouver sur le Net enrichissent le documentaire. J’en ai retrouvé 2 pour vous (malheureusement en VO non sous-titrée, contrairement au documentaire), Papadizi et Googleheads. Bon Weekend à tous.

Christophe Da Silva

 

Papadizi en quête d’une femme américaine sur Google

 

 

Chanson sur Google : GoogleHeads

 

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